Vers un réseau cohérent d’AMP: protéger la mer, connecter les aires !

Organisateur : CAR/ASP

Modérateurs : Imen MELIANE, 7 seas (Tunisie) & Giuseppe NOTARBARTOLO DI SCIARA, Tethys Research Institute (Italie)

 

7,14% de la Méditerranée est couverte par une grande variété de désignations de zones de conservation et 0,04% par des zones dont l’accès est interdit, interdites à l’exploitation, ou interdites à la pêche. 2,86% de la Méditerranée devront être placés sous des désignations de haute protection qui visent également des éléments actuellement sous-représentées..

 

Résumé de la session

 

Selon l’évaluation la plus récente, le système d’aires marines protégées (AMP) en Méditerranée, compte actuellement 1231 AMP et autres mesures spatiales de conservation effectives, identifiées dans la Feuille  de route 2020 pour les AMP en Méditerranée ; 7,14% de la Méditerranée est couverte par une grande variété de désignations de zones de conservation et 0,04% par des zones dont l’accès est interdit, interdites à l’exploitation, ou interdites à la pêche. Plus de 72,77% de la superficie couverte se situe en Méditerranée occidentale.

 

Afin de réaliser l’élément quantitatif de 10% de l’Objectif 11 d’Aichi, 71900 km² supplémentaires (2,86% de la Méditerranée) devront être placés sous des désignations de haute protection qui visent également des éléments actuellement sous-représentées. Depuis 2012, 391 sites Natura 2000 ont été désignés mais uniquement 6 AMP de statut national ont été créées. La rareté des données ne facilite pas l’évaluation de la cohérence écologique. Toutefois, il y a eu des avancées quant à la représentativité de deux habitats en particulier : les herbiers de posidonie et les habitats à coralligène.

 

Cet atelier vise à mettre en relief, par le biais d’études de cas sélectionnées, les avancées réalisées au cours de ces dernières années – depuis 2012 – en vue de créer un réseau écologique d’AMP représentatif et connecté en Méditerranée. Les intervenants présenteront des exemples d’efforts nationaux pour la création de réseaux d’AMP. Des méthodologies innovantes permettant la mise en place des programmes d’inventaire et de surveillance faciles et fiables des espèces et des habitats des AMP méditerranéennes seront également présentées, de même que le rôle de la science, des bases de données et des outils SIG pour sensibiliser les parties prenantes et permettre un processus décisionnel éclairé à chaque étape du processus.

 

 


 

► Recommandations de la session

 

1- Le chiffre de 0,04% de zones de non-prélèvement (no-take zone) est tout à fait inadéquat et l’objectif de protection de 10% ne suffit pas ; en outre, qu’en est-il des 90% restants ? Nous devons tendre vers un Bon Etat Ecologique également dans la partie restante de la mer en ayant à l’esprit que les AMP ne constituent que l’un des nombreux outils de conservation.

 

2- La planification et la gestion des AMP devraient s’appuyer sur une meilleure compréhension des processus écologiques et sur un éventail plus large d’écosystèmes (colonnes d’eau, eaux profondes, etc.) de l’ensemble de la Méditerranée, au moyen des meilleures connaissances et compétences possibles.

 

3- En dépit de tous les efforts en cours, il est urgent d’agir : nous ne disposons pas d’un temps infini. L’application des règlements est essentielle mais l’importance de la perception ascendante de la nécessité de se doter d’AMP, ne doit pas être sous-estimée.

 


 

 

ETUDE DE CAS 1 : De la science à la communication en conservation marine: le livret « La science des Aires Marines Protégées - version méditerranéenne »

Intervenant : Paolo GUIDETTI, Nice Sophia Antipolis University (France)
SLa science a fourni des preuves claires sur les effets des aires marines protégées (AMP) en Méditerranée. Cependant, leur potentiel est loin d’être pleinement compris au niveau de la société. Dans le livret (qui sort d’un travail collégial de scientifiques, de gestionnaires, de décideurs politiques et de membres des ONG de haut niveau de la Méditerranée et des États-Unis), les meilleures connaissances scientifiques disponibles sur les AMP méditerranéennes sont communiquées dans un format plus accessible. Le livret est conçu pour être utilisée par les gestionnaires, les responsables gouvernementaux, les scientifiques, les enseignants et le public intéressé, dans l’intention de soutenir l’établissement d’autres et efficaces AMP dans la région méditerranéenne.

 

ETUDE DE CAS 2: La mise en réseau des Aires Marines et Côtières Protégées du Nord de la Tunisie

Intervenant : Saba GUELLOUZ,  Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (Tunisie) (APAL)

En Tunisie, l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral a actualisé en 2010, le programme de création d’Aires Marines et Côtières Protégées (AMCP) qui concerne désormais 11 sites. Cinq parmi ces sites sont situés au Nord du Pays à savoir : Tabarka, La Galite, Cap Negro, Sidi Ali Mekki et Zembra/Haouaria. La configuration géographique des AMCP du Nord de la Tunisie, la distance faible qui les sépare, favorise une mise en réseau, et la délimitation de zones de liaison tout à fait favorables à assurer leur connectivité écologique et le maintien fonctionnel viable des populations. L’objectif final à atteindre est d’utiliser le réseau d’AMCP pour délimiter de grandes zones marines, sanctuaires qui auraient vocation à être gérées en fonction de l’activité halieutique, afin de placer résolument celle-ci dans un cadre de développement durable dynamique.

 

ETUDE DE CAS 3 : Projet LIFE+ INDEMARES : Une percée en termes de protection marine

Intervenant : Elvira GARCÍA-BELLIDO CAPDEVILA, Division de la protection marine -Ministère de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Alimentation et de l’Environnement (Espagne)

L’Espagne est l’un des pays européens les plus riches en termes de biodiversité marine. Le principal objectif du projet INDEMARES consiste à acquérir des connaissances sur les valeurs naturelles et socio-économiques de cette biodiversité, comme meilleur moyen d’assurer sa conservation. Pendant 6 ans, INDEMARES a relevé le défi d’améliorer les connaissances sur le milieu marin, évaluer les relations avec les secteurs socio-économiques et sensibiliser la société à sa conservation. En conséquence, INDEMARES a constitué une innovation en termes de protection marine en Espagne : 8 millions d’hectares (8% des eaux territoriales) ont été rajoutés à un réseau écologique d’AMP, par le biais de 10 sites marins d’intérêt communautaire et de 39 aires marines spécialement protégées pour les oiseaux.

 

ETUDE DE CAS 4 : Suivi environnemental des fonds rocheux dans les aires marines protégées de Méditerranée et leurs zones limitrophes

Intervenant : Alexandre Roi GONZALEZ, Laboratoire de biologie marine-Université de Séville (Espagne)

Une méthodologie de surveillance des fonds durs marins sera présentée. S’appuyant sur une analyse des images des principales espèces ciblées, localisées sur des points fixes, il s’agit d’un système facile et fiable de surveillance des Aires marines protégées et de leurs zones adjacentes. Disposant de la capacité de comparer facilement les données de différentes zones, ce système vise essentiellement à créer un réseau de stations de surveillance en Méditerranée. De même, un autre outil de cette méthodologie sera présenté : un Guide de surveillance environnementale des fonds sous-marins rocheux, avec plus de 130 fichiers détaillés des principales espèces tolérantes et sensibles dans les eaux méditerranéennes.

 

ETUDE DE CAS 5 : Bases de données régionales : un élément clé pour le développement et l’évaluation de réseaux d’AMP écologiquement cohérents

Intervenants : Dhia GUEZGUEZ, CAR/ASP, Bruno MEOLA, MedPAN 

Au cours des dernières années, des bases de données régionales sur les AMP, telles que MAPAMED en Méditerranée ou MAIA en Atlantique Nord-est, ont été développées dans le but de fournir aux scientifiques, décideurs et autres acteurs clés de la conservation marine la meilleure information possible à l’échelle régionale sur les systèmes d’AMP existants. Couplée à d’autres jeux de données sur les habitats et espèces ou sur les activités économiques/industrielles, cette information permet d’évaluer les progrès effectués vers les objectifs de conservation internationaux, tels que l’objectif 11 d’Aïchi, et d’identifier les actions à mettre en œuvre pour l’atteinte de ces objectifs. Elle contribue ainsi à l’établissement de lignes directrices et de recommandations pour la recherche scientifique, la planification spatiale marine et la gestion des AMP.

 

ETUDE DE CAS 6 : Caractériser et évaluer les aires marines protégées de la côte méditerranéenne française: mise en place d’une base de données pour estimer l’effort de protection des AMP

Intervenant : Alexandre MEINESZ, CNRS (FRE 3729) «ECOMERS» Université Nice Sophia Antipolis / Université Côte d’Azur (France)

Devant les côtes françaises de la Méditerranée on distingue 26 AMP avec des réglementations pour limiter les prélèvements et 38 zones cogérées sans aucune interdiction de pêche (dont 36 zones Natura 2000 et deux parcs marins considérés par l’Etat français comme étant des AMP). Leurs statuts sont très différents (parc national, réserve naturelle, réserve de pêche). Leurs niveaux de protection juridique s’échelonne entre l’interdiction de toutes les formes de pêche à l’interdiction ou la règlementation de la pêche de loisir (chasse sous-marine, pêche à la ligne). Enfin la surveillance par les polices maritimes de l’Etat est dans certaines AMP renforcée par des gardes maritimes assermentés. La base de données établie avec un SIG est en ligne (www.medamp.org), elle présente toutes ces caractéristiques pour chaque AMP, unité géographique administrative (département, région, ensemble des côtes) et pour chaque tranche bathymétrique (0/-10m, -10 /-20m, -20 /-50m, >50m). La base donne des chiffres ou des taux de protection pour chaque découpage administratif ou bathymétrique ainsi que l’évolution quantitative dans le temps.